Discussion | Les Classiques, une pression inutile ?



Les Classiques, une pression inutile ?

            Et si nous parlions aujourd’hui d’un sujet qui peut être assez épineux parmi les littéraires ? Oui, je veux bien parler ici des Classiques. Perfection littéraire pour certains, ennuyeux pour d’autres, une chose est sûre, ces romans parfois d’un autre âge ont le mérite de ne pas nous laisser indifférents. Mais aussi riches soient-ils, ils peuvent également être source de pression. Inutile me dites-vous ? Et bien, parlons en un peu.

            Le collège. Temps maudit des classiques où ceux-ci tombent dans le gouffre immense de l’ennui. Le lycée en devient un énième cercle de l’enfer. Oui, je ne peux pas vraiment dire que l’école m’a aidé à apprécier l’écriture si particulière de ces romans que je trouvais alors dépassés. Pour moi, les lectures obligatoires se transformaient rapidement en épreuve, et se terminaient bien trop souvent par un abandon pur et simple de mon livre. Bien sûr, ce n’est pas le cas de tout le monde, mais aujourd’hui j’aimerai vous parler de mon propre ressenti, qui, peut être, rejoindra le vôtre.

            L’engouement autour de ces Classiques est fort dans toute la sphère littéraire, française ou internationale. Le mot « Classique » en devient presque une entité à part entière, une sorte d’idéal que les romans modernes et contemporains peinent à égaler. S’en suit alors une décrédibilisation des genres plus « populaires » comme le YA ou la Fantasy. Ces genres souffrent de la comparaison : écriture, thèmes abordés, biographie de l’auteur, contexte historique… Tout est passé au peigne fin, tous les défauts de l’un relevés lorsque les qualités de l’autre sont encensées. Et c’est à ce moment précis que commence la douce pression qui nous assaille. Pouvons-nous être considérés comme « littéraires » si nous n’avons jamais lu de Zola, Hugo ou Shakespeare ? Pouvons-nous être légitimes si nous n’avons jamais plongé notre nez entre les pages d’un roman de Balzac ou Stendhal ?
Ce sont ces questions précises que je me suis posées moi-même au commencement de ce blog. Le résultat de préjugés courants véhiculés jusque dans les cours d’université. Mais existe-t-il une réelle pertinence ? Je ne crois pas. Après tout, certains de ces auteurs étaient décriés à leur époque, avant d’être considérés comme l’élite de la littérature dans notre ère moderne. Et puis, pourquoi toujours vouloir comparer ce qui ne peut être comparable ? Les genres sont différents, tout comme les époques et les enjeux, la langue évolue et les thèmes également. Finalement, il n’y a d’élite que s’il y a comparaison.


Dernièrement, j’ai eu très envie de plonger dans l’ambiance de nos Classiques. J’en ai acquis quelques uns qui attendent patiemment dans ma bibliothèque et que j’ai très envie de découvrir. Pourtant, j’ai beaucoup de mal à sauter le pas. Pourquoi ? Par peur. Peur de quoi ? Je ne sais pas réellement. Peur d’être déçue, peur de ne pas apprécier ma lecture, peur d’être jugée par mon avis qui s’en suivra, peur de ne pas pouvoir être happée autant que je l’aurais souhaité… Peur de ne pas être perçue comme littéraire à la minute où j’exprimerai un avis contraire à l’opinion publique. C’est pourtant le but premier d’une lecture : sauter à pieds joints dans ses mots, en découvrir toutes les saveurs pour savoir, à la fin, si l’on apprécie ou non. Et quel qu’en soit le résultat, celui-ci vaut le coup d’être partagé, parce qu’après tout, une lecture qui se veut à la fois encensée et critiquée est une lecture vivante, proche de nous-mêmes. Tout comme l’adage « tout le monde ne peut plaire à tout le monde », nous pourrions dire « toute lecture ne peut  plaire à tout le monde », car après tout, chaque avis est subjectif, propre à son lecteur, son vécu, ses expériences et humeurs. Alors pourquoi avoir si peur ?

Finalement, je pense qu’il faut arrêter tout simplement de mettre en compétition des genres qui se veulent totalement différents, et ce, dans tous les aspects de leurs conceptions. Les Classiques sont vus comme supérieurs par bien des lecteurs, ce qui pousse alors certains, tout comme moi, à avoir peur de se lancer dans cette écriture venue d’une autre époque, par peur du jugement, ou juste par peur de ne pas apprécier une lecture qu’une immense majorité littéraire encense.
A l’avenir, je vais essayer de mettre de côté toutes mes appréhensions. Un roman est un roman. Le saut vers l’inconnu est tout autant valable pour un Classique qu’un roman de Fantasy. Si je n’apprécie pas une lecture YA, je le repose et passe à autre chose. Pourquoi devrait-il en être autrement pour un roman dit « Classique » ? Je n’en serais pas moins légitime, et vous non plus.

La lecture est une passion qui s’étend sur une multitude de genres, de style, d’écritures, d’époques, de support et d’auteurs. Le plaisir que l’on ressent à la lecture de n’importe quel roman vaut le coup d’être partagé. On ne peut qu’être légitime lorsque l’on parle de notre ressenti. Notre ressenti nous appartient et quoi que l’on vous dise, votre avis mérite d’être entendu.

Qu’en est-il de votre côté ? Avez-vous une certaine crainte vis-à-vis des classiques ? Qu’en pensez-vous ? Comparez-vous les Classiques avec d’autres genres littéraires ? Vous sentez-vous plus légitimement littéraire en ayant lu ces romans ? Bref, exprimez-vous, je vous écoute attentivement.

Margaux

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